Les Brueg(h)el, une famille en or
L’engouement pour la peinture flamande traverse les âges. Prisée par ses contemporains, objet de fascination pour l’aristocratie du XVIIIe siècle, la production des artistes flamands et hollandais des XVIe et XVIIe siècles n’a rien perdu de son aura auprès du public. La vie et les fêtes paysannes, les portraits et intérieurs bourgeois, les paysages ruraux et autres natures mortes attirent toujours autant le simple curieux comme le collectionneur fortuné.
Le marché de l’art, insensible à la crise, livre un très bon aperçu de cette tendance. Bien que dix fois moins importantes que celles d’art contemporain, les ventes d’œuvres de maîtres anciens ne se sont jamais aussi bien portées. Le rapport annuel 2011 d’ArtPrice nous révèle en effet que la valeur de l’art ancien a doublé depuis 2009, notamment grâce à la formidable expansion de la Chine sur le marché de l’art. Et dans cet élan, les écoles flamande et hollandaise ne cessent de soulever l’enthousiasme des enchérisseurs : le mois dernier, un Bouquet de fleurs d’Ambrosius Bosschaert (1573-1621) s’envolait à plus d’1 685 000 € (estimation basse : 600 000 €), tandis que d’autres artistes moins réputés tels que Jacob van Loo (1614-1670) ou Salomon van Ruysdael (1602-1670) atteignaient respectivement les sommes honorables de 96 750 € pour unVénus et Adonis (estimation basse : 20 000 €) et de 43 750 € pour une Scène d’estuaire avec des pêcheurs(estimation basse : 20 000 €).
Mais s’il est un nom qui tinte agréablement aux oreilles des amateurs d’art, c’est celui du clan Brueghel. Chaque œuvre mise à l’encan, qu’elle soit attribuée à Pieter le Jeune (1565-1636), Jan l’Ancien (1568-1625) ou son fils Jan le Jeune (1601-1678), rencontre toujours un vif succès. Le 11 juin dernier chez Pierre Bergé et Associés, une représentation d’Enée et la Sibylle aux Enfers de Jan le Jeune était ainsi adjugée pour plus de 130 000 € (estimation basse : 60 000 €), alors que deux tondi de Pieter le Jeune dépeignant respectivement des Promeneurs sur un chemin près d’un village et La kermesse de la saint Georges grimpaient jusqu’à 469 300 € (estimation basse : 180 000 €) et 634 450 € (estimation basse : 180 000 €). Le 21 juin chez Sotheby’s, c’est une version du Trébuchet du même qui a trouvé acquéreur pour près de 685 000 € (estimation basse : 500 000 €).
Pieter le Jeune jouit en effet d’une excellente réputation auprès des collectionneurs. Il est ainsi le maître ancien occidental ayant fait l’objet de la plus haute enchère en 2011, avec un tableau représentant le Combat de Carnaval et Carême, scène décrivant les festivités propres à cette période de l’année dans les Pays-Bas méridionaux, adjugé à 9 517 830 $ (cf. rapport annuel ArtPrice 2011). Cette popularité est due à la grande proximité artistique qu’il entretient avec l’œuvre de son père, Pieter Bruegel dit l’Ancien (v. 1525-1569), bien orthographié sans « h », dont la production peu abondante atteindrait, à l’instar de celle de Rubens et autre Rembrandt, des montants littéralement impayables si elle se retrouvait en salle de ventes. Le fils fut en effet l’un des plus talentueux copistes du père, dont la renommée générait déjà de nombreuses commandes de reproductions chez ses contemporains. Ainsi en est-il du Trébuchet, fameux paysage hivernal où les joies humaines de l’arrière-plan sont ternies par le piège tendu aux oiseaux au premier plan, et du Combat de Carnaval et Carême que nous évoquons plus haut, copies extrêmement fidèles des originaux paternels.
Bruegel l’Ancien – l’on pourrait dire l’Original – ne semble pas disposé à quitter de sitôt le panthéon de la peinture flamande. Ses personnages authentiques, saisis sur le vif, contrastent brutalement avec le maniérisme italien et ne cessent de fasciner le spectateur. Les splendides paysages flamands du maître, où l’œil ne se lasse pas d’errer, sont toujours le théâtre de réjouissances populaires ou de sombres présages. Des personnages fantastiques ou monstrueux, tout droit sortis du bestiaire de Jérôme Bosch, en font quelques fois partie : le tableau « Margot la folle » (Dulle Griet), peint en 1562, en est l’exemple le plus abouti. Dans cette œuvre inspirée d’un proverbe flamand raillant l’acariâtreté de certaines femmes, Margot se dirige pleine d’aplomb vers la gueule anthropomorphisée de l’enfer, dans un paysage peuplé de figures tératologiques et plongé dans une obscurité apocalyptique. Acquis en 1894 par le collectionneur Fritz Mayer van den Bergh pour la modique somme de 488 francs belges, ce tableau constitue aujourd’hui la pièce centrale du musée auquel le collectionneur légua son nom. Jusqu’au 14 octobre s’y tiendra une exposition autour d’une quarantaine de gravures du peintre (dont plusieurs sont inédites), talent que l’on lui connaît beaucoup moins dont il fit pourtant son premier commerce. Aux côtés de « Margot la folle », le visiteur découvrira ainsi des représentations bibliques, des scènes de bataille, des études « boschiennes » mais également deux dessins récemment attribués à Bruegel, les premiers en quarante-cinq ans !
Le musée communal de Lierre consacrera quant à lui les cinq prochaines années au peintre, profitant des travaux dont fait l’objet le Musée des Beaux-Arts d’Anvers, à travers un cycle baptisé Bruegelland. Le premier thème abordé, jusqu’au 28 mars 2013, sera celui des Bombances et Sarabandes, célébrant le folklore, les loisirs mais aussi les excès des paysans et notables du XVIe siècle.
Pieter Bruegel ongezien ! De verborgen Antwerpse collecties
Quand ? 16/06/12 > 14/10/12 | Du mardi au dimanche ; de 10h à 17h
Lieu ? Museum Mayer van den Bergh | Lange Gasthuisstraat 19 | 2000 Antwerpen
Contact :
Tel. +32 3 3388188
Fax +32 3 3388199
e-mail : museum.mvdb@stad.antwerpen.be
Bruegelland. Bombances et Sarabandes
Quand ? 29/03/12 > 28/03/13 | Du mardi au dimanche ; de 10h à 12h et de 13h à 17h
Lieu ? Stedelijk Museum Wuyts-Van Campen en Baron Caroly | Florent Van Cauwenberghstraat 14 |2500 Lier
Contact : Tel. +32 3 8000936 | e-mail : info@bruegelland.be
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