Questions d’interview à Carol Levy dans le cadre de son exposition à la DCA Gallery
Monsieur Le
vy, vous êtes un sculpteur en plein essor. Quel moteur intérieur vous a poussé vers l’acte créatif dans votre existence ?
Créer est pour moi un besoin, mes premières sculptures je pense que je les ai faites pour étonner mes amis, je résidais dans un grand hôtel vétuste de New-York et créer un objet, c’était communiquer de manière directe avec tout le monde. Dans la construction d’une œuvre et à travers les différentes pièces qui la composent, j’ai la possibilité de rassembler tous les éléments de ma vie, les architectures observées lors de mes voyages, des images prises dans les films ou dans la littérature,…je crée pour donner forme à mes pensées.
L’art est souvent vu comme une discipline qui demande énormément d’assurance et qui relève d’un désir profond de transmettre une sensation. Vous inscrivez-vous dans une telle démarche ?
Créer ne me demande pas d’assurance c’est pour moi une nécessité, la difficulté est plutôt d’affirmer que ce que je fais mérite d’être montré, que mon travail est unique et pas une production ressemblant à tant d’autres. Oui je cherche à transmettre une sensation, je cherche à éveiller la curiosité des regardeurs, montrer que le beau, loin d’être seulement agréable à l’œil est source de questionnement, le beau est indépendant du bien et du mal, il est offert et il joue un rôle indispensable dans la transmission de la vie, le beau est le mystère.
Voici votre art à présent à la disposition du public au travers de l’exposition qui vous est consacrée à la DCA Gallery. Pourtant, vous réalisez des œuvres depuis vingt ans. Pourquoi une telle gestation avant la mise au public ?
J’ai pris le temps c’est vrai, je suis plus endurant que sprinteur, ce qui avant me faisait peur c’était d’être aspiré dans une aventure qui m’échappe, un rythme qui ne serait plus le mien, aujourd’hui je désire montrer mon travail en galerie car je maîtrise beaucoup plus de choses dans ma création.
Vous mélangez harmonieusement des substrats qualifiés de chauds et de froid (le bois et le verre, par exemple). Quel supplément d’âme donne à vos œuvres figuratives le choix d’un matériau plutôt qu’un autre ?
J’avais parlé du beau comme d’un mystère, mais la matière elle aussi pose question, la fibre du bois qui dépend de sa manière de croitre, de sa résistance au vent (….) permet de bâtir, permet de flotter, en utilisant la matière on ne l’explique pas mais on transmet les questions qu’elle renferme. Pour moi la création est un dialogue conscient ou non entre la tête, la main et la matière. Dans ma sculpture je travaille et j’associe les matières comme le feraient architectes et designer.
La notion de trophée et de totem semble tenir une place importante dans votre œuvre (Le Chien et le Lièvre, 2009). Quel message voulez-vous faire passer sur la transcendance ?
Trophées et totems sont très présent dans les arts non occidentaux qui ont été ma première source d’inspiration; passionné par le monde animal j’aime particulièrement les totems de la côte ouest du Canada. Je suis fasciné par les trophées comme je suis fasciné par le musée d’histoire naturelle, l’animal naturalisé y est simultanément mort et présent. A la DCA Gallery, je vais présenter une tête de cerf qui sera composée de couteaux et de bois de l’animal, une sorte de compromis entre le design contemporain froid et la tête réaliste de l’animal mort. Pour moi le monde des vivants est plein de la présence de ceux qui l’ont occupé avant nous, je construit le temple avec le corps de l’animal sacrifié.
Bien que vos productions s’ancrent majoritairement dans les courants figuratifs, le vide tient également une place importante dans vos œuvres. Comment définiriez-vous votre rapport à l’espace ?
La question du vide en sculpture, c’est comme la question de la couleur en peinture, l’architecte compose ses gigantesques sculptures surtout avec les ouvertures, une matière discute avec une autre matière mais le vide, qu’il soit souffle ou lumière discute avec la notion de matière.
Vous n’hésitez pas à produire au sein de vos œuvres des jeux de lumière. Quel supplément à la matière ce recours procure-t-il ?
Le travail avec la lumière est à rapprocher de la question du vide. J’aime créer une œuvre labyrinthique, la lumière me permet de me perdre encore plus et d’offrir au regardeur de nouvelles voies d’exploration, la lumière est un passage, elle unifie les différents éléments composant la sculpture. Avec la lumière et le mouvement la sculpture enveloppe celui qui la regarde, la sculpture se déploie elle devient spectacle.
L’architecture et l’animal ont une grande place dans vos œuvres jusqu’à se retrouver au sein de la même production. D’autres artistes semblent aborder également la création sous cet angle. Comment voyez-vous, sous cet aspect, le travail d’une photographe comme Karen Knorr ? Pensez-vous aborder le rapport à l’image visuelle d’une façon similaire ?
Je viens de regarder la série de photo India song de Karen Knorr, elle me rappelle tant les temples de Hampi avec les singes et les oiseaux, la présence du monde naturel dans le monde construit. L’animal c’est la diversité, l’infini du possible. L’architecture est la production la plus visible et la plus durable de l’humanité, quand on met l’animal dans l’architecture on se pose la question de la création, on fait advenir le monde magique, par le biais de ce transfert l’animal devient mythique, il est comme un esprit dans la maison.
Avant de nous quitter, Monsieur Levy, pouvez-vous nous dire comment vivez-vous votre nouveau rapport au public ? Comment souhaiteriez-vous, à l’aube de votre reconnaissance par celui-ci, interagir avec lui ?
Je dois préciser que si je n’ai pas, jusqu’à maintenant, essayé de montrer mon travail en galerie, j’ai par contre réalisé un grand nombre d’expositions. J’aime montrer mon travail, à travers l’exposition Animal clubbing je souhaite permettre au public d’échapper au monde rationnel, lui proposer par le biais de mon univers très personnel de retrouver des images anciennes oubliées depuis longtemps.
Retrouvez l’exposition de Carol Levy à la DCA Gallery, Avenue Louise 335/2 – 1050 Bruxelles – http://www.dca-gallery.com/
Carol Levy expose du 3 juin au 9 juillet 2011
Socialize