Vous naviguez sur la page : Home // Brève // Et l’Homme voulut créer la vie…

Et l’Homme voulut créer la vie…

La presse scientifique de ces dernières semaines épingle bien évidemment les découvertes – disons plutôt les prouesses – des docteurs Venter et Smith pour avoir « créé le premier organisme vivant ». Cette « création » a très naturellement fait l’objet d’une publication dans la revue scientifique anglosaxonne par excellence, Sciences. Depuis, a fleuri comme génération spontanée toute une série de critiques qui peuvent être retrouvées sur le web et d’autres médias. Celles-ci, lorsqu’elles témoignent d’une perception négative de l’expérience, peuvent se regrouper en trois branches :

-          dénonciation du potentiel marchand de la découverte,

-          angoisse de la propension d’organismes artificiels dans la nature,

-          et, surtout, condamnation de l’homme qui se prend pour Dieu.

Ces trois approches contestataires méritent d’être traîtées, mais dans un premier temps, revenons sur cette « création du premier organisme vivant » et voyons d’abord de quelle manière cette « découverte » est innovante par rapport aux acquis des technologies sur le vivant.

Les médias ont largement aguiché le lecteur, l’auditeur, le public. La « création » annoncée se résume en bien peu de choses, en fait, lorsque l’on reprend tout le développement. A la base, une bactérie minuscule : Mycoplasma genitalium, qualifiée d’organisme le plus petit au monde. Toute bactérie possède un génôme propre et, en l’occurrence pour ce règne de procaryotes, le génôme se compose d’un seul filament de chromatine (c-à-d « chromosome » dans le langage vernaculaire) circulaire contenant toute une série de gènes qui permettent, lorsque la machinerie enzymatique y concourt, de synthétiser l’ensemble des protéines nécessaires à la vie de la bactérie ainsi qu’à sa division. L’opération réalisée par les équipes des docteurs Venter et Smith a consisté en la constitution d’une séquence d’ADN en laboratoire, sans avoir recours pour ce faire à un être vivant, l’injecter dans la bactérie en question et vérifier que celle-ci la transmet bien aux générations suivantes, preuve que ladite séquence s’est parfaitement intégrée à la cellule bactérienne.

Oui mais… Il faut savoir que la bactérie Mycoplasma a été au préalable modifiée, de sorte à éliminer tout codage de tout gène non indispensable à la vie et à la multiplication de la bactérie (car, dans une certaine mesure, la bactérie a aussi son propre « système immunitaire »)… Tout cela nous éloigne de la création ex nihilo de vie qu’on nous a présentée dans toutes les coupures de presse !

La nouvelle pourrait aller jusqu’à sentir le pétard mouillé si l’on pense que des manipulations génétiques classiques permettent depuis bien des années d’inclure dans une bactérie, par exemple, le gène codant pour l’insuline humaine (l’insuline produite par la bactérie est ensuite expulsée de la cellule qui n’en a pas besoin et est récoltée). Y a-t-il donc une si grande innovation que cela ? Dans la mesure où les scientifiques sont à présent capables de recomposer in vitro des gènes de leur choix et, moyennant quelques « retouches », de faire accepter cet implant génétique par une cellule, on peut considérer que les débouchés en génétique, notamment pour la création d’OGM, sont énormes. Mais de là à dire qu’avec de l’argile on reconstitue un homme, il y a encore loin entre la fleur et le fruit ! Ceci aussi pour permettre de comprendre pourquoi les critiques se tournent, en plus de la question éthique stricto sensu, vers la marchandisation de la découverte autant que la perspective de voir se développer dans la nature du matériel génétique « artificiel » (ce dernier point étant un fer de lance bien connu des adeptes du principe de précaution).

De ces trois axes de critiques, certains sont contestables, d’autres moins, pour peu que les questions soient intelligemment posées. Le plan le plus contestable est la critique formulée quant aux débouchés économiques, libellée comme « Les scientifiques qui ont procédé à ce protocole biochimique ne sont intéressés que par les débouchés économiques ». En un mot comme en cent : « Ils font ça pour le fric ! ». Cette remarque n’est pas recevable car toute recherche scientifique, même fondamentale, espère pouvoir déboucher sur une rentabilité au service de l’homme. La recherche scientifique est peut-être une grande aventure, mais notre époque oublie de considérer à quel point elle coûte cher et qu’il est déraisonnable, sous prétexte de la seule beauté de la connaissance de ne pas voir dans une recherche entreprise le return économique qu’elle potentialise. Ce genre de remarque est plus à attribuer à une ènième variante anti-capitaliste qui veut que, si on peut être fier de quelque chose, d’une découverte, en l’occurrence, celle-ci ne doit surtout pas être entâchée de la notion économique. Or l’économique permet, il ne gâche pas.

En revanche, la peur de dissémination de gènes créés in vitro sur base du principe de précaution est à nuancer. En fait, les seules alertes valides soulevées par ce principe peuvent s’intégrer sans problème dans l’ensemble des questions d’éthique. En effet, sur cette question, elle ne pose pas tant le problème de retrouver du matériel génétique inédit dans la nature que la nécessité de séparation explicite des organismes génétiques biologiques aux OGM.

L’écrasante majorité de ceux qui proposent cette alerte sont des adeptes des théories de l’évolution darwinienne caractérisées par l’émergence de nouveaux gènes par le fruit du hasard, la sélection faisant le reste. Le seul changement de programme ici étant la notion de « fruit du hasard » à remplacer par l’intervention humaine. Mais dans les faits, nous nous retrouvons, selon la théorie de l’évolution, face à un hiatus évolutif de moindre ampleur en complexité que l’apparition des mitochondries ou des chloroplastes !

La propagation de la variante pour ce qu’elle est n’a pas plus de fondement que le risque d’une mutation « naturelle » d’un virion en un virion beaucoup plus virulent et aux effets destructeurs massifs, disséminé naturellement. Cet évenement-là peut arriver à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit de la planète. Se revendiquer de ce risque revient donc soit à souhaiter la mise en place d’un système de contrôle génétique aussi exhaustif que possible (ce qui est techniquement et fondamentalement impossible), soit à se réfugier derrière une peur systématique qui ne peut être désamorcée par aucun raisonnement de bonne foi, scientifique ou psychologique, soit enfin à considérer qu’il existe une différence entre une mutation génétique, conformément aux théories de l’évolution, et une manipulation génétique humaine, externe au mécanisme de cette théorie… alors que le principe de sélection suffirait à valider le fait que tel OGM plutôt que tel autre pourra par le biais des faits de la sélection être « accepté par la nature ».

Il y a donc une contradiction notoire (ou plus exactement une malhonnêteté idéologique) chez les penseurs athées qui s’inscrivent dans cette logique : seules les modifications génétiques naturelles, initiées et validées de facto par la nature ont droit d’existence tandis qu’ils écartent avec un grand éclat de rire le principe théologique d’un Créateur initiant et validant de facto ses créatures. Si on ne se trouve pas ici en présence d’un cas d’école de divinisation de la nature…

Partager cet article
  • Print
  • Facebook
  • LinkedIn
  • RSS
  • Twitter
  • PDF
  • del.icio.us
  • Mixx
  • Google Bookmarks
  • Blogplay
  • Add to favorites
  • Digg
  • email
  • LinkaGoGo
  • Live
  • MSN Reporter
  • MySpace
  • Ping.fm
  • viadeo FR
  • Yahoo! Bookmarks
  • Yahoo! Buzz

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , ,

Copyright © 2010 Les Editions Romaines Presse et Communication. All rights reserved.
Designed by T Time.