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Entretien avec la cantatrice Laure Baert

Avant que d’éclairer par son timbre soprano le Festival d’Antibes, les Editions Romaines ont pu interviewer Laure Baert. Quel plaisir dans une ambiance toute en décontraction!

Madame Baert, merci de nous recevoir. Tout d’abord, pouvez-vous nous parler de l’enfance de votre passion artistique, de vos premiers cours de piano à l’excellence des arts lyriques que vous représentez en tant que soprano ?

J’ai eu le bonheur de naître dans une famille ouverte à la culture en général et à la musique en particulier. J’ai commencé l’apprentissage du solfège à 4 ans et du piano à 5 ans. Mon professeur organisait des concerts tous les mois et je me suis produite assez jeune dans des pièces pour piano seul, des quatre mains et deux pianos avec mon frère ,sonates avec flûte et clarinette… J’ai été bercée pendant mon enfance et mon adolescence par l’écoute des œuvres pianistiques de Ravel, Rachmaninoff, Poulenc, Mozart entre autres et des concertos pour piano de Chopin, Tchaïkovski, Liszt, Brahms… puis j’ai découvert la musique vocale vers l’âge de 14 ans par l’écoute du « Requiem » de Mozart et ce fut un choc qui m’a donné envie de découvrir d’autres oratorios et plus tard l’opéra. Lorsque je suis entrée en classe de piano au Conservatoire National de Lille à 17 ans, j’ai commencé le chant . Chanter était un nouveau moyen d’expression formidable mais je n’imaginais pas en faire mon métier. Ce sont quelques rencontres merveilleuses qui m’ont encouragée dans cette voie professionnelle.

Arriver à percer dans le milieu artistique demande énormément de force et de talent. Mesuriez-vous les exigences de votre profession étant enfant ?

Sincèrement, non! Chanter est une discipline quotidienne et une remise en question permanente très enrichissante. Mais cela ne suffit pas ! Le chanteur doit être complet tant sur le plan vocal et musical que dans le domaine théâtral. Le public est également attentif à ce que l’interprète ait le physique de son personnage. Bref, ce métier est d’une exigence sans limite et c’est aussi ce qui le rend passionnant.

Comment vivez-vous la responsabilité artistique de votre profession à l’heure où le politiquement-artistiquement correct commande une confusion des genres dans un esprit postmoderne ?

Je suis une interprète et à ce titre, je suis un « relais » vocal pour transmettre les émotions au public. Évidemment, j’y mets mon énergie, mes émotions, mon histoire… Ma responsabilité envers les spectateurs est de donner le meilleur de moi-même et d’incarner le personnage au plus près de la volonté du compositeur .

 Vous mettez en évidence dans votre histoire artistique tant vos rôles empruntés au répertoire classique que les oratorios que vous interprétez également. Avez-vous un élan particulier pour l’un ou l’autre de ces deux axes artistiques ?

Comme vous le savez, j’ai découvert l’art lyrique avec le « Requiem » de Mozart et l’opéra est venu plus tard. J’ai écouté les Requiem de Fauré, Verdi et beaucoup de cantates de Bach et Haendel. J’ai donc de l’élan pour la musique qu’elle soit opératique ou autre (oratorio, récital, musique de chambre) car j’y exprime des émotions différentes. J’ai autant besoin d’interpréter Oscar de Verdi, Servilia de Mozart, Marionnette de Wolf- Ferrari ou Gabrielle d’Offenbach que de chanter le Stabat Mater de Pergolèse , la Messe en ut de Mozart et la Cantate 51 de Bach ou encore mon récital consacré aux femmes compositeurs.

 Souvent, on prône que les œuvres appartiennent au public, libre de les apprécier, de les sanctionner. Entrez-vous dans cette démarche ou pensez-vous que l’on devrait encourager les artistes à s’exprimer davantage sur leurs rôles ?

Notre support est la partition, le livret et les indications sur la volonté d’interprétation. Nous devons être très attentifs au style et à la musique de la langue. Encore une fois, nous sommes interprètes et notre mission est de retranscrire au plus juste les volontés initiales. Je pense qu’avec toutes les libertés de la scène et le talent des compositeurs, chaque artiste a le champ libre de s’exprimer pleinement sur scène.

 Vous avez déjà été couronnée de quelques prix, notamment comme Voix d’Or Opéra en 2003. Vivez-vous ces titres comme des récompenses d’un travail antérieur ou comme des balises vous guidant vers de plus hautes ambitions ?

Les concours n’ont jamais été une priorité dans mon parcours mais les trois expériences que j’ai connues ont été enrichissantes.

Le premier fut le Concours Européen de Rennes où j’ai obtenu le premier prix du duo alors que je n’étais qu’étudiante. Celui ci m’a été remis par Alain Vanzo qui m’a donné de précieux conseils.

Le second fut la Voix d’Or, remise par Laurence Dale. Outre l’expérience même du concours, c’est la rencontre avec Laurence qui a été capitale; il m’a tout de suite confiée Oscar, Servilia et Glauce. Il est un des premiers à me faire confiance dans ces rôles de premier plan et je ne saurais jamais assez le remercier!

Enfin, le Concours Reine Elisabeth dans lequel j’ai accédé à la demi finale. Il fut un véritable défi car j’avais subi un sérieux accident de voiture quelques mois auparavant et j’ai préparé le programme au fond d’un lit de convalescence. Ce fut un challenge que d’arriver à ce stade de la compétition et quel honneur d’être entendue et conseillée par Dame Sutherland, José Van Dam ou encore Grace Bumbry!

 L’opéra est considéré comme la discipline artistique « conservatrice » par excellence. Quel est votre sentiment à cet égard en tant que jeune artiste ?

A mon sens, monter un ouvrage en costumes d’époque ou de façon moderne ne le dénature pas, à condition que l’approche stylistique soit en adéquation avec la partition et le livret.

La scène est un moyen d’expression formidable: vive la liberté qu’elle représente!

Dans une société empreinte de difficultés, de morosité, l’opéra n’est-il pas là pour apporter toutes les émotions humaines et… son petit grain de folie ?

Je me souviens d’une production de « Elisir d’Amore » montée par Omar Porras, qui avait imaginé chaque personnage comme un animal pourvu d’un masque et progressant sur scène dans le style de la Commedia Della Arte! Quel magnifique succès et que de joies pour les interprètes et pour les spectateurs…

La création est liberté de traduire le monde selon son propre prisme, de le contester, d’en inventer un meilleur.

Le public vous entendra au festival Musiques au cœur à Antibes en juillet 2010 notamment comme Rosine dans le Barbier de Séville. Quelle touche allez-vous apporter à un tel personnage aujourd’hui alors que les rapports de séduction aujourd’hui ont beaucoup évolué depuis la rédaction du livret ?

Certes, du temps a passé depuis l’écriture de l’ouvrage, mais Rosina est une femme résolument moderne. Loin d’être une ingénue, elle est une Prima Donna buffa mûre et charnelle dans ses propos, combative et libérée dans son langage . Elle exprime de nombreuses facettes: à la fois rebelle et douce, tantôt timide ou entreprenante, souvent vibrante et mutine.

Dans la version que vous verrez à Antibes, les récitatifs ont été remplacés par la pièce de Beaumarchais. C’est une joie indicible d’incarner Rosina après de grandes soprani telles que Liliane Berthon, Erika KÖTH, Kathleen Battle, Lucia Popp ou Berverly Sills…

Quels projets nourrissez-vous pour l’avenir ? Vous découvrira-t-on davantage hors de France ?

Mes projets, outre cette première incursion dans l’univers rossinien, sont « la Serva Padrona » de Pergolèse et « Rita » de Donizetti au festival d’Antibes.

Pour l’oratorio, je chanterai le « Stabat Mater » de Pergolèse à l’abbaye du Mont Saint Michel avec l’Orchestre de la Garde républicaine en septembre et le « Requiem » de Mozart en région parisienne en novembre. En opéra, vous pourrez m’entendre à l’Opéra de Toulon dans « Thais » en octobre et dans le rôle d’Antonia de « l’Homme de la Mancha » au Capitole de Toulouse en décembre prochain.

J’aimerai chanter à nouveau Oscar et Marionnette, m’épanouir dans Adina, Norina, la Comtesse Adèle du « Comte Ory » ainsi que dans les rôles Mozartiens comme Despina, Pamina et Susanna, rôles intenses pour lesquels je me sens prête.

Dans le répertoire français, les compositeurs tels que Rameau, Grétry, Chabrier ou Thomas sont idéals pour ma couleur vocale ainsi que Constance du « Dialogue des Carmélites » ou Thérèse des« Mamelles de Tirésias » qui m’ont font rêver !!

Pour le moment, les projets à l’étranger sont peu nombreux et je souhaiterais notamment y interpréter ce répertoire français qui m’est si cher.

Avez vous des envies discographiques?

Il est vrai que ,à part « Polyphème » avec l’Orchestre Philarmonque du Luxembourg et « Vénus et Adonis » avec C.Rousset, j’ai peu enregistré.

J’ai crée à l’Opéra National de Montpellier un récital intitulé « Les Muses Créatrices » consacré aux femmes compositeurs.

Ce premier volet met en exergue Fanny Mendelssohn, Clara Schumann, Germaine Tailleferre et Rita Strohl: savez-vous que pour cette dernière, l’histoire de la musique ne connait pas même son nom!?

Je désire continuer à diffuser cette musique et créer plusieurs volets en y incluant entre autres Lili Boulanger, Pauline Viardot ou encore Louise Farrenc…

Et pourquoi ne pas les faire connaître également par la voie discographique?

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