Entretien avec Alain Hanel, photographe
Le regard qu’Alain Hanel peut porter sur la transmission du message artistique en tant que photographe de ballet et d’opéra mérite que l’on s’y attarde. Les spectacles sont vus par un public. Mais ce qu’un public absent retiendra d’un événement auquel il n’a pas assisté, c’est la façon dont celui-ci aura été mis en évidence, en l’occurrence, ici, par un photographe comme Alain Hanel.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours puis nous dire ce qui vous a amené à vous spécialiser dans la photographie de spectacle, plus précisément de ballet et d’opéra ?
Je débute comme assistant dans les années 1970, j’ai la chance d’ouvrir les yeux sur le monde de la photographie avec de jeunes « grands » photographes… Antonioni raconte « Blow Up » dans les salles obscures, et moi je vis le film en pleine lumière. Avec Jean-Jacques Bugat, j’apprends à déchiffrer la mode, avec Hervé Nabon, ce sera la beauté et la publicité, et avec les autres, pas grand chose. En 1972, je décide de rompre avec le monde photographique, l’image m’intéresse toujours, mais, toute l’image… j’entreprends dés lors mon grand voyage… la mise en page, la direction artistique, la télévision, le cinéma et la radio m’apprendront pendant trente années que tout est lié : la mise en page dans un cadre. A 50 ans, et après ce long parcours…je retrouve la photographie.
Pourquoi le spectacle ?
Toute notre vie est faite de rencontres, et il faut savoir prendre les trains qui passent, ils ne s’arrêtent qu’une fois… Lors de mon retour sur la Côte d’Azur en 1998, le destin frappe à ma porte, il s’appelle Jean-Michel Bouvron, il est maître de ballet à l’Opéra de Nice… lors d’une discussion, nous découvrons nous être rencontrés une première fois lors du tournage du film : « Les uns et les autres » de Claude Lelouch… séquence dansée inoubliable que celle du Boléro de Ravel fimée au Trocadéro à Paris.?Jean-Michel était second danseur dans cette merveilleuse compagnie des Ballets de Maurice Béjart… il avait pour compagnon Jorge Donn ce danseur unique qui enflammait les scènes et les esprits… C’est donc Jean-Michel qui me propose de poser mon regard, et mon appareil photographique dans un monde sublime : la danse…l’opéra suivra, tout simplement.
Que ressentez-vous lorsque vous réussissez à transcrire une performance, une émotion ?
On ne réussit jamais une performance, on s’en rapproche, c’est tout… je sais avoir bien travaillé lorsque je quitte un ballet ou un opéra dans un état d’épuisement physique total, et avec une impression de bien être…si l’image suit, c’est la plus belle des montées d’adrénaline et c’est inexplicable… furtivité de la sensation et envahissement de bonheur…sans oublier, que ce « moment » vous le devez à une équipe qui autour du chorégraphe ou du metteur en scène crée cet instant de magie.
Quelle est votre source de motivation ?
Avant tout, la traduction graphique qui figera le mouvement d’un danseur ou l’émotion d’un artiste lyrique sur scène et qui mettra en lumière le travail énorme et l’abnégation totale que demande ces différentes disciplines : la Castafiore d’Hergé est bien loin…
Sur quels critères vous basez-vous pour déterminer les photos les plus réussies ?
Une photo réussie s’impose d’un coup sur l’écran de mon ordinateur et c’est un énorme coup de poing…qui fait monter ce sentiment de joie absolu… un bonheur de courte durée mais quel bonheur !Ensuite, cette photographie ne m’appartient plus…car elle a été réalisée pour d’autres regards.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans votre métier ?
Toujours la même : les basses lumières…mais sans difficultés se serait tellement moins drôle…cette épée de Damoclès suspendue définitivement au-dessus de ma tête, finalement j’aime bien.
En terme de photographie, avez-vous été influencé par certains photographes ?
Sûrement, mais je me refuse à ouvrir un livre d’un autre, sur la photographie de danse ou d’opéra…
Quel matériel utilisez-vous fréquemment ?
Je suis fidèle, je vis avec mon épouse notre aventure depuis 36 années… pour le matériel, c’est la même chose… Nikon m’accompagne depuis le début avec mon premier « F » argentique, et aujourd’hui avec un « D3 » numérique.
Actuellement à l’affiche au Palais des Festivals de Cannes pour l’exposition « Photos volées », pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Deux années à « chasser » l’artiste sous toutes ses formes sur la scène du Palais des Festivals avec l’aide de l’équipe de l’événementielle menée de main de maître par Bernard Oheix… deux années d’embuscade… deux années qui finissent sur les murs et dans les jardins de ce superbe Palais… deux années de bonheur, avec comme trophée : la fierté que mes images soient accrochées sur les murs de ce bâtiment mythique.
Quels sont vos projets futurs ?
Les projets ?… j’ai six expositions en chantier… la danse avec le danseur et chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui le nouveau grand magicien…l’art lyrique avec les œuvres crées à l’Opéra de Monte-Carlo…des retrouvailles avec des diptyques que je signerai avec Jean-Jacques Bugat sur la mode et la danse…vivant à Nice le carnaval sera peut-être à l’honneur avec des portraits… et encore d’autres thèmes dont les ballets de Monte-Carlo évidemment. Pour toutes ces expositions, j’ai dépassé le stade du projet, il suffit maintenant de les programmer.

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