Entretien avec Jean-Luc Berlet, Auteur de ‘La cinquième cavalière’

Jean Luc Berlet

Comme Monsieur Jean-Luc Berlet va bientôt publier aux Editions Romaines son livre « La Cinquième Cavalière », nous nous sommes permis de l’interviewer. Les présentes questions, et surtout, les intéressantes réponses qui ont été fournies par l’auteur vous permettront de découvrir un peu en avance « La Cinquième Cavalière ».

Monsieur Berlet, pouvez-vous nous présenter en quelques mots le parcours qui vous a mené à écrire sur la position de l’homme par rapport à Dieu ?

C’est une longue histoire, mais je me contenterais ici d’aller à l’essentiel. Tout a certainement commencé en une journée glaciale de février 1980 lorsque j’ai senti un appel très fort du Christ dans une petite chapelle près de Saverne. C’était lors de ma retraite de communion solennelle. Le lendemain dans les Vosges, j’ai eu un accident de ski qui m’a plongé 3 jours dans le coma. A mon réveil, je n’étais plus le même jeune homme de 14 ans… Ma quête métaphysique venait de commencer. La seconde étape importante a eu lieu deux ans plus tard à Delphes, où cette fois c’est l’appel de Socrate qui s’est fait sentir… Depuis, ma quête de Dieu ne m’a jamais quitté et c’est un peu à l’image de mon dernier mentor philosophique, Kierkegaard, que j’ai décidé de me poser comme un auteur religieux quasiment obsédé par la question du rapport de l’homme à Dieu…

Vous présentez aux Editions Romaines La Cinquième Cavalière. Mais vous êtes aussi l’auteur d’autres livres. Comment ce nouveau livre se situe-t-il dans l’ensemble de votre œuvre ?

Votre question est d’autant plus pertinente que la place de la Cinquième Cavalière à côté de mes deux ouvrages précédents ne va pas vraiment de soi. En fait, ce troisième livre est en partie né du constat qu’il me fallait toucher un public plus large avec un livre un peu moins philosophique et un peu plus politique, au sens noble du terme… Mais il est aussi le fruit d’un désir soudain et spontané au moment précis où les premières bombes américaines sont tombés en Irak en avril 2003. Mon premier livre Le complexe de Dieu est le plus « rationnel » des trois, car il est directement tiré de ma thèse de doctorat en philosophie. Le second Au-delà du désespoir est le plus « émotionnel » des trois car il fut la réponse « thérapeutique » à une phase difficile de ma vie (suicide d’un ami, maladie de mes proches et stress professionnel). Le troisième, La Cinquième Cavalière est certainement le plus « spirituel » des trois, car j’ai un peu eu l’impression de le rédiger à travers un phénomène d’écriture automatique…

Comment votre pensée a-t-elle évolué par rapport à vos ouvrages précédents sur cette thématique ?

Il semble que le Nouveau Millénaire ait été marqué par un retour fracassant de la géopolitique à travers les attentats du 11 septembre 2001 et le philosophe à l’écoute de la Providence ne pouvait pas rester muet face à des évènements aussi «apocalyptiques ». Si la motivation intérieure de cette évolution est clairement spirituelle, voire eschatologique, il n’en demeure pas moins que sur un plan extérieur, le désir de faire un « coup » éditorial a également eu son rôle dans mon évolution… Enfin, j’avais aussi moi-même besoin d’y voir plus clair dans les voies de Dieu peut-être plus impénétrables que jamais en ce début de millénaire particulièrement confus…

Certains philosophes reviennent plus que d’autres dans vos écrits. A ce titre, vous faites souvent référence à Nietzsche, Kierkegaard et Kant. Quelles connivences y a-t-il entre leurs pensées et la vôtre ?

En fait, j’ai parfois l’impression d’être un peu le rejeton d’une étrange union hybride entre ces trois philosophes, car j’ai un côté Nietzsche, j’ai un côté Kant, mais entre les deux c’est pour Kierkegaard que mon cœur philosophique bat le plus fort aujourd’hui. Ces trois penseurs sont je crois comme moi littéralement obsédés par la question du rapport de l’homme à Dieu, même si leurs voies sont en apparence très divergentes…

Dans La Cinquième Cavalière, vous décrivez quatre guerres mondiales, en incluant aux deux premières la Guerre Froide et les tensions actuelles articulées autour du terrorisme. Quelles propriétés spécifiques possèdent ces conflits pour mériter l’usage de ces termes de troisième et de quatrième guerres mondiales, à une époque où la Communauté Internationale s’implique dans énormément de conflits ?

Je crois que chacune des 4 guerres mondiales constitue une sorte d’expression géopolitique d’un des 4 Cavaliers de l’Apocalypse évoqué par Jean. La première guerre mondiale au caractère très économique représenterait la Famine, la seconde très nihiliste la Guerre par excellence, la troisième, la Peste du communisme et la quatrième, la Mort semée par le fanatisme religieux…Je pense que tous les conflits actuels peuvent être rangés dans une des 4 catégories que je viens d’évoquer. Aujourd’hui le monde semble même régresser à la situation d’il y a un siècle à la veille de 1914…

Vous dites aussi que l’Occident interprète mal le phénomène de l’islamisme que vous associez à un réel conflit de religions. Quels sont selon vous les facteurs qui ont mené à cette méprise ?

En perdant en grande partie ses valeurs religieuses, l’Occident serait devenu hermétique à toute compréhension du phénomène de la foi d’où son contre sens tragique sur la nature de l’islamisme. Il faut savoir que pour un islamiste tout occidental religieux ou non est un Croisé et par conséquent un ennemi à abattre. Il nous méprise d’autant plus que nous lui apparaissons comme un combattant lâche qui redoute l’affrontement direct, ce en quoi il n’a pas vraiment tort…

Benoît XVI est profondément actif dans l’organisation de dialogues inter religieux. Ces rencontres entre chefs religieux sont-elles, selon vous, amenées à se développer encore ?

En tout cas je l’espère car le dialogue entre les religions est le seul chemin de salut qui nous reste. Je crois que ce dialogue devrait en effet déborder les questions théologiques pour évoquer aussi les perspectives de paix mondiale. L’idée d’un parlement des religions à l’ONU me semble aller dans ce sens…

L’interpénétration du géopolitique et du religieux tient une grande place dans La Cinquième Cavalière. Pensez-vous que les analyses géopolitiques occidentales sous-estiment l’importance du religieux dans leurs appréciations ?

Absolument, et c’est là une erreur fatale ! Encore une fois, il est difficile pour une société qui a perdu l’essentiel de sa foi de comprendre les motivations des peuples qui se battent au nom d’un idéal religieux ou métaphysique.

Vous faites un parallélisme dans le retour du souci éthique dans notre civilisation avec le commandement du Christ d’aimer son prochain comme soi-même. Comment voyez-vous l’évolution de cette notion d’éthique, tellement galvaudée dans notre époque ?

Je crois en effet qu’il est un peu superficiel de parler d’éthique en voulant faire l’économie du religieux comme on le voit chez des penseurs du style Comte-Sponville ou Luc Ferry, pour ne citer que ces deux. A un moment donné, le monde occidental sera bien à nouveau obligé de se tourner vers le Christ s’il ne veut pas périr corps et âme…

Votre livre montre un grand optimisme déterminé par le développement dans la société de valeurs plus féminines. Pensez-vous que la structuration actuelle des valeurs économiques mondiales permette un tel déploiement sans heurts ?

Il est clair que les valeurs féminines auxquelles je crois sont très peu incarnées dans la structure de l’économie mondiale actuelle plutôt prédatrice que protectrice. Mais là encore, les choses peuvent changer très vite. La crise économique actuelle est peut-être le signe de ces changements radicaux à venir. De toute façon, le salut de la planète passe par un bouleversement de nos habitudes destructrices…