Philippe d’Arcy – Du Terrorisme au Christianisme

Philippe d’Arcy a été professeur de philosophie pendant dix-huit ans. Il fait, depuis trente ans à Lyon, des recherches en histoire de l’art. Il est aussi expert en tableaux anciens.

Il étudie depuis quarante ans des textes bibliques considérés selon leur structure littéraire, en leur appliquant la méthode de mise en oeuvre par Jacques Cazeaux, auteur de plusieurs ouvrages d’exégèse publiés aux Editions du Cerf.

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Vous pouvez lire l’interview de l’auteur en suivant ce lien.

Résumé de l’oeuvre

Une lecture littérale de la Bible pourrait amener à croire que Dieu s’occupe lui-même de la punition des méchants, et de leur élimination lorsque leur péché dépasse une certaine limite, en leur envoyant un Déluge où le feu du Ciel, comme à Sodome et Gomorrhe.

Comme cette politique divine de destruction massive des voyoux n’a pas été d’une grande efficacité car leur nombre ne semble pas en nette diminution, Dieu aurait délégué ensuite cette fonction d’élimination des méchants à certains hommes choisis pour l’exercer en son nom. Ainsi, Moïse se croit missionné pour faire tuer par ses lévites les adorateurs du Veau d’Or, Elie pour tuer les prêtres de Baal, Jéhu pour éliminer du Royaume d’Israël ses dirigeants pervertis, les maccabées pour supprimer tous les Juifs renégats. Depuis l’époque de Noë jusqu’à aujourd’hui, un certain nombre de chefs politiques se sont crus ainsi investis de la fonction suprême de débarasser le monde de ceux qui attentent à la justice et à la vérité. Le nombre de leurs victimes dépasse tout comptage précis mais, pour le seul vingtième siècle, atteint au moins plusieurs dizaines de millions. Qu’y a-t-on gagné ? Les hommes d’aujourd’hui sont-ils moins égoïstes, moins injustes, moins pervers que ceux des temps passés ? Il ne le semble pas. En conséquence peut-être faudrait-il s’interroger sur l’efficacité des politiques d’élimination des méchants poursuivies encore par d’éminents chefs d’Etats se réclamant des Droits de l’Homme et de la démocratie.

Dieu approuve-t-Il ces politiques ? Les commande-t-Il ? Ou bien, lorsqu’on se réclame de lui pour les mettre en oeuvre se livre-t-on à l’infamie ? Ce concept utilisé par Voltaire pour désigner ceux qui utilisent le nom de Dieu pour justifier leurs oeuvres de mort garde toute son actualité puisque les terroristes de l’Islam comme les antiterroristes qui leur font la guerre en se réclamant des valeurs chrétiennes se réfèrent tous au Dieu unique qui devrait leur permettre de se considérer comme des frères au lieu de vouloir leur mort réciproque.

Le concept de la Colère de Dieu qui, à la suite d’un juste jugement condamnera les méchants à l’enfer, a une grande place non seulement dans les textes de l’Ancien Testament et en particulier dans les malédictions proférées par les prophètes, mais aussi dans de nombreux passages du Nouveau Testament et du Coran. Il est donc facile de les utiliser pour justifier toute action d’élimination radicale de ses adversaires en les présentant comme des suppôts de Satan. Même les athées le font gaillardement en se réclamant de la science, de la justice ou de la liberté. L’important est de pouvoir se livrer sans retenue à ses pulsions meurtrières en inhibant, grâce à sa foi, tout respect pour ses ennemis. Dieu approuve-t-Il et veut-Il une telle manière de se conduire ? En analysant de près un certain nombre de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, et en particulier ce texte fondateur de toute politique intolérante selon lequel Moïse aurait reçu de Dieu le commandement de tuer les hébreux idolâtres qui avaient organisé le culte du Veau d’Or, j’ai essayé de montrer dans mon essai « Du Terrorisme au Christianisme » qu’aucun de ces textes ne signifie une volonté directe de mort de la part de Dieu à l’encontre des hommes, volonté qui serait d’ailleurs contradictoire et empécherait de croire au salut. Poser en Dieu une telle volonté de mort conduit droit à l’athéisme, ce qui ne correspond sûrement pas à l’intention des textes bibliques. Lorsqu’on accepte de les suivre dans leurs méandres et leurs apparentes contradictions, il s’en dégage au contraire une ferme intention de poser Dieu comme donneur de vie et comme ayant toujours la volonté intangible de faire du bien. J’essaye de le montrer en analysant l’exemple de Moïse, puis celui de Saint Paul, terroriste converti, puis celui des fabriquants d’apocalypse qui rêvent de la destruction de Babylone, de Rome ou de New-York. Les mêmes catégories mortifères qui conduisaient les contemporains des auteurs de ces textes à vouloir la mort de leurs congénères sont encore à l’oeuvre aujourd’hui. Leur analyse est donc toujours d’actualité.

Ce premier essai sera suivi de deux autres. L’un, La Paix de Dieu, sera un commentaire sur l’épître aux Ephésiens qui montrera comment Paul, à la suite de sa seconde conversion, passe d’un christianisme centré sur la notion de colère de Dieu qui commande la dialectique développée dans son épître aux Romains, à un christianisme centré sur celle de la paix de Dieu. Dieu ne veut pas la suppression des pécheurs et leur damnation mais veut faire comprendre aux hommes, à l’aide de l’enseignement de Jésus, comment créer entre eux les conditions d’une paix universelle. Ce texte capital est un discours de la méthode pour empêcher le christianisme de paraître une malédiction mais soit au contraire une bénédiction, une bonne nouvelle, un évangile.

L’autre, Un Evangile pour notre Temps, sera un commentaire de l’épître de Jacques qui est commandée par l’affirmation métaphysique fondamentale : « Dieu n’a d’aucune manière le mal dans sa volonté. Il ne met personne à l’épreuve et ne veut le mal de personne. L’homme est éprouvé par son propre péché » (Jacques I,13). Cette même intuition fondamentale commande par ailleurs l’évangile et les épîtres de Saint Jean.

Au lieu de se complaire dans la considération des péchés des hommes et à imaginer des grands soirs révolutionnaires pour réaliser par la violence le retour à la justice, le chrétien doit réfléchir sur son propre péché qui le pousse à vouloir la mort des autres. S’il dépasse, après l’avoir analysée, sa volonté de mort, l’humanité sera libérée d’un grand nombre de fautes possibles. Ainsi, il sera ramené vers la vie en cessant de croire que, par la mort des autres, un quelconque progrès pourrait survenir dans l’histoire humaine.

Oeuvres :

  • Hoéné Wronski, une Philosophie de la Création (1970, Editions Seghers)
  • La Réflexion (1972, Presses Universitaires de France, Collection Sup)
  • L’Argent et le Pouvoir (1976, Presses Universitaires de France, Collection Sup)

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